Noble Spectre


L’aube éclaira doucement la fenêtre. La Dame était déjà réveillée, et ce depuis des heures. Elle était restée là, allongée et pensive. Il fera sa demande aujourd'hui, jour de son retour du front. Il lui en avait fait la promesse dans sa dernière lettre, il y a des semaines de cela. Mais aucune joie ne semblait l’atteindre. Pire, un sombre pressentiment l’étreignait depuis cette nuit. Elle ne pouvait se l’expliquer, mais cela suffit à lui faire perdre le sommeil. On frappa doucement à la porte. Elle se redressa lentement tandis que la servante ouvrit la porte et attendit à côté de l’embrasure. La toilette de la Dame au bras, elle attendit la permission d’entrer. La Dame la regarda, puis se leva. 

La servante avait apporté la robe favorite de la Dame, elle savait qu’aujourd’hui n’était pas un jour ordinaire, aussi avait-elle voulu faire les choses avec plus de zèle que d’ordinaire, n’hésitant pas à venir avec plus de bijoux pour que la Dame puisse choisir à sa convenance. Elle lui était dévouée corps et âme.

La Dame prit son temps pour se vêtir, elle demeurait impassible malgré les circonstances. Cela troubla la servante, qui n’osa pourtant pas faire remarquer cette situation, de peur de paraitre impertinente. Un silence pesant envahissait la chambre tandis que la servante coiffait la Dame, puis ajustait son corset.

Une fois vêtue et apprêtée comme les circonstances l'exigeaient, la Dame regarda par la fenêtre. De longues minutes s’écoulèrent, mais elle resta là, sans rien dire. La servante la regarda sans rien laisser paraitre de son inquiétude à l’égard de sa maitresse. Elle la regarda descendre les escaliers, mais ne vit pas les larmes couler le long de ses joues, sans un bruit.

Personne ne sut vraiment ce qu’il advint par la suite, ni pourquoi les fantômes d’une noble Dame et de sa servante hantaient cet endroit. Une lettre trouvée parmi les effets personnels de cette Dame l’informait du décès de son fiancé au champ d’honneur, et qu’elle pouvait être fière de son sacrifice. Des taches sombres étaient encore visibles sur cette lettre, comme si de l’eau avait coulé sur les feuilles.

Ou des larmes.

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