La Traque


Ce n’était qu’un grattement. Un léger grattement derrière les murs de la demeure abandonnée depuis des années, à peine perceptible. Le genre de grattement qu’aurait pu faire un rongeur.

Il n’y prêta donc pas attention. Cela faisait une heure qu’il avait entrepris d’explorer la maison, un repérage en vue d’une séance photo. La thématique du glamour dans un lieu abandonnée était un classique, mais le fait que le lieu en question avait acquis une sinistre réputation au fil des années changeait la donne. Cela rajouterait sûrement du piment à la séance et lui confèrerait une certaine notoriété selon lui.

Les rumeurs faisant état de corps de sans abris retrouvés affreusement mutilés n'étaient pour lui que des légendes urbaines. Il ne croyait pas au surnaturel et il n'y croirait jamais. Son seul credo était les opportunités à saisir quand elles se présentaient à lui, et peu importe jusqu'où cela le conduirait. Il était déterminé à laisser une trace impérissable de lui en tant que photographe et en tant qu'homme.

Il poursuivait son exploration tandis que le jour déclinait, sans se rendre compte que les grattements ne s'étaient pas arrêtés, mais semblaient le suivre.

A l'étage, il découvrit une immense pièce au plancher de bois percé à plusieurs endroits. Il avança avec prudence et se dit que cette pièce serait parfaite malgré tout.

C’est à ce moment qu’il entendit un bruit sourd venant de l’étage inférieur qui le fit sursauter. Incrédule, il héla pour voir si quelqu’un d’autre s’était introduit dans la maison, mais personne ne répondit. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant qu’un autre bruit, comme si quelqu’un frappait le plancher sous ses pieds avec beaucoup de force cette fois, le fit sursauter.

Les coups se succédèrent devant lui jusqu’à un large trou, capable de laisser passer un homme, puis s’arrêta. Il n’osait plus bouger. La pénombre commençait à s’installer dans la pièce, de même que la peur.

Il aperçut quelque chose. À première vue, cela ressemblait à une monstrueuse araignée. Mais lorsque ses yeux s'étaient enfin habitués à l'obscurité, son sang se glaça d'horreur.

C'était une main qui avait surgi de l'étage inférieur. Seuls les doigts touchaient le plancher, mais la main demeurait immobile. Jusqu'à ce qu'une tête fasse également son apparition. D'abord le sommet du crâne, puis le front, en une inexorable ascension.

Puis les yeux.

Il plongea son regard dans ces yeux qui semblait scintiller dans la pénombre. Quand la créature fut sur le point d’émerger entièrement du sol, il sortit enfin de sa torpeur et commença à fuir.
Il ne voyait plus où il mettait les pieds, l'obscurité envahissait la maison de plus en plus rapidement. Il finit par trébucher avant d'arriver à l'escalier, et entendit un horrible grattement au-dessus de lui. Pour la première fois, il aperçut la créature qui s'était lancée à sa poursuite. C'était une jeune fille aux cheveux hirsutes et aux vêtements en lambeaux. Ses yeux brillaient d'une lueur blanche et ténue, mais son regard était glauque, empli de rage.

Elle rampait la tête en bas telle une araignée, ses doigts s'accrochaient sur les poutres apparentes du plafond comme des crochets et elle se contorsionnait pour ne pas quitter sa proie des yeux. Elle avançait tandis que lui était paralysé à nouveau par cette vision cauchemardesque. Il ne put que se laisser glisser au bas de l'escalier et se releva péniblement pour se diriger vers la sortie qu'il ne distinguait plus. Il trébucha encore, une dernière fois. Il s'était tordu la cheville et chuta lourdement sur le sol de béton. Le regard embrumé, il tenta de ramper avec la force du désespoir droit devant lui, et regarda une nouvelle fois vers la créature mais ne la vit pas.

Il scruta l’obscurité du couloir mais ne distingua rien. L’escalier encore baignée des faibles lueurs du jour mourant était vide également. Etait-elle partie ?

Ses forces commençaient à lui revenir, mais sa jambe lui faisait mal. Profitant de ce répit, il sortit son portable de son sac et essaya d’appeler les secours, mais il n’y avait pas de réseau. Il entreprit d’utiliser la lumière de l’écran pour se guider et se releva tant bien que mal.

Il se dirigea vers la sortie en boitant, éclairant le sol devant lui. Soudain, il entendit à nouveau les grattements. Ils venaient de l’autre côté, et lui barraient la route vers son salut. Il pointa son portable devant lui. Elle était là, à quelques pas de lui seulement. Il s’affaissa. Le portable lui échappa des mains et il était plongé dans le noir absolu. Il chercha à tâtons son appareil et réactiva l’écran.

Elle était parvenue à sa hauteur, à quelques centimètres seulement. Il pouvait distinguer les traits de son visage livide et juvénile.

Elle tendit une main vers sa gorge.

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